Un article de mon ami Gesler Jean-Gilles sur le Plan de Sauvetage National élaboré par Rudolph Boulos et Sauveur Pierre Etienne

Je reprends ici dans ce blog un article de mon ami Gesler Jean-Gilles sur le processus de la reconstruction en Haïti. 

Le  Plan Stratégique de Sauvetage National ou la façon novatrice de faire la politique en Haïti

Par Gesler Jean-Gilles  

Il convient vraiment de  féliciter le Sénateur Rudolph  Henri  Boulos  et  Sauveur Pierre Étienne, deux hommes politiques que tout au départ semblait opposer, d’avoir pu mettre de côté leur différence idéologique et réussir à  rassembler ces compétences haïtiennes tant de  l’intérieur que de l’étranger autour du projet de construction de ce pays.

La première impression qui se dégage en lisant le document est que cet exercice apparaît  comme  un pied de nez  en direction de ceux qui persistent à croire qu’Haïti est morte  et enterrée  bien avant le 12 janvier 2010 et que la catastrophe  leur fournit   l’occasion de  prendre en charge a notre place la reconstruction  en  nous imposant   une sorte de plan passe-partout destiné  aux  pays faillis.

Au moment ou les autorités de Port-au-Prince ne peuvent rien décider sans avoir sollicité préalablement  l’onction du président Fernandez, il est réjouissant de constater qu’ il existe encore chez nous  des hommes et des femmes  possédant une  compréhension articulée  de la problématique haïtienne et imbus de leurs responsabilités citoyennes,  qui refusent d’accepter la  coopération internationale sous  sa forme la plus honteuse:  l’assistanat.

 Le développement d’Haïti ne peut s’accomplir que dans un cadre de la refondation de l’État. Un État effondré,  comme c’est le cas actuellement,  et qui prend  toutes les allures d’un sultanat, ne saurait assumer ses responsabilités constitutionnelles.  Encore que le sultan, en tant que maître de son territoire, adopte de son propre chef,  les mesures administratives et politiques nécessaires  pour gérer son bien  à son avantage en  s’assurant d’une répartition équitable des miettes   entre  ses  sujets.  

 Si l’État haïtien s’est effondré au point de devenir un foyer de l’anarchie, du chaos et des violations des  droits fondamentaux des citoyens,  c’est que des hommes qui sont grassement payés pour veiller à son  bon fonctionnement ont piteusement échoué. En réalité ces gens ne sont pas préparés à l’exercice du pouvoir,  une tâche  importante et  complexe.  L’impréparation des dirigeants et ses conséquences néfastes,  une gestion calamiteuse, couplée à une corruption rampante, ont rivé le dernier clou au cercueil de cet État.  

Le PSSN  se propose  de restituer  à l’État ses fonctions  régaliennes afin de le mettre en mesure de fournir aux citoyens,  dont dépend sa légitimité, les services publics auxquels ils ont droit. 

Dans l’optique des rédacteurs du plan, seul un État restauré dans ses fonctions, disposant du monopole de la contrainte physique et de la fiscalité, une idée chère au politologue  Sauveur Pierre Étienne:  un État moderne  est donc  a même d’apporter les solutions appropriées  a ces  problèmes majeurs auxquels fait face la société comme : une formation de qualité  accessible a tous et qui réponde aux défis fondamentaux du XXIe siècle, une couverture sanitaire nationale et efficace, des  services publics accessibles sur n’importe quel point du territoire, une fonction publique dont le personnel est recruté  sur concours, la décentralisation et la déconcentration des services de l’État, un environnement assaini, une diplomatie intelligente  au service des intérêts du pays,  etc.  

Le nouvel  État à émerger  des décombres du 12 janvier 2010 devra  marquer la ligne entre les droits des citoyens, de l’homme de la rue jusqu’aux plus hautes autorités de la république, et leurs responsabilités aussi. Il est illusoire de penser que les  institutions peuvent fonctionner quand la majorité des citoyens  se comportent  comme dans une jungle parce que ne recevant pas  la protection de l’État a laquelle ils ont droit.

 Ce plan de 160 pages n’est pas la panacée à tous les maux qui affligent Haïti. En revanche, il est assurément  jusqu’à date le meilleur document en circulation pour tenter  de mettre le pays sur la voie de la modernité.  Les  quelques études (trop rares) de partis politiques  que nous avons pu parcourir nous laissent sur notre faim. Par exemple celle de fanmi lavalas,  Investir dans l’humain,  parue en décembre 1999,  est un Livre blanc ; c’est-a-dire  un état des lieux, un inventaire des problèmes et surtout des ressources dont dispose le pays. Ce n’était pas difficile pour ce parti  qui pouvait compter sur la soumission  des hauts fonctionnaires ou des ministres du gouvernement de René Préval à  l’ endroit du bienfaiteur Jean-Bertrand Aristide,  pour accéder aux données qui lui étaient nécessaires à la réalisation de son livre blanc. 

S’il y a un avant et un après le 12 janvier, on est en droit de croire, dorénavant,  a un avant et un après le PSSN.  C’est  à l’honneur  des hommes et des femmes qui, toutes  disciplines  confondues,  ont investi généreusement  leur temps, leur énergie et  leurs compétences  pour inventorier méticuleusement  les besoins du pays, les chiffrer et indiquer surtout la  façon de les  financer.  Le document a le mérite d’opérer une sorte de révolution dans les mœurs politiques haïtiennes en ce sens qu’il nous mettra, je crois, a l’abri du verbiage qui caractérise souvent les interventions de nombreux acteurs  politiques.  Désormais les politiciens haïtiens ne peuvent plus se contenter de lancer des slogans creux, des promesses fumeuses,  irréalistes ou des mises en garde incendiaires  en lieu et place d’une plateforme électorale et d’un programme de gouvernement. 

Les rédacteurs du  PSSN ont rompu  avec cette tradition et abordent les grandes questions nationales avec lucidité et une maîtrise de la situation du pays, de ses  ressources internes et aussi des mécanismes de la coopération internationale.  A mon avis, ils mettent  la  barre si haut  que leurs adversaires  vont devoir  s’appliquer à  proposer a leur tour un document de l’envergure du PSSN

 Le temps ou un candidat à la présidence  menait  campagne, sillonnait la république  sans  expliquer pas même une seule fois  à l’électorat,  la raison pour laquelle il sollicitait son vote, ce temps  est dépassé. Dès lors le candidat ne  pourra plus masquer son incapacité à offrir une alternative valable en se livrant à des  attaques ad hominem ou  en colportant des rumeurs les plus farfelues sur le compte de ses adversaires.  Il sera contraint d’énumérer les points de désaccord, affronter le débat politique, exposer clairement son programme en précisant le coût de ses promesses et la provenance de leur  financement dans les limites des  capacités d’absorption réelles du pays.

Nous nourrissons l’espoir que  les éditorialistes, les analystes et les journalistes politiques se feront le devoir  de cuisiner les hommes  aspirant à diriger le pays sur le projet  qu’ils soumettent  à la nation. Nous le redisons que ce n’est pas faire de la politique que d’interroger un  candidat ou  un chef de parti sur le sérieux de son projet. Il y va de l’intérêt du pays. Et de la société haïtienne.  

Gesler Jean-Gilles

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